Et si notre colère pouvait devenir une force ?

Comprendre, accueillir et transformer notre colère en pouvoir d’agir

une femme transforme sa colère en action pour le vivant

En ce moment, je croise la route de nombreuses personnes qui ne se sentent pas vraiment en forme, pas à leur place, ou qui ont parfois le sentiment d’être à l’étroit face à toutes les incohérences qui les entourent.

Beaucoup s’insurgent, d’autres ruminent, aimeraient que les choses changent et désespèrent de voir si peu d’évolution. Certains s’énervent, s’impatientent, ressentent de l’injustice ou une profonde colère face à tout ce qui se passe autour d’eux.

Et je les comprends. Parce que moi aussi, il m’arrive de ressentir de la colère.

Il y a des choses qui me révoltent, des situations que je trouve profondément injustes et qui me donnent parfois envie de crier : « Mais comment est-ce encore possible ?! »

Et je me suis demandée : que faisons-nous de toute cette colère ?

Car lorsque l’on parle de colère, c’est souvent pour en dire du mal. On la caricature volontiers sous les traits d’un dragon rouge, prêt à cracher du feu, à hurler et à tout envoyer valser. 😅

On nous apprend à la modérer, à la contenir, à ne pas trop la montrer.

« Calme-toi. »
« Ne t’énerve pas. »
« Ça ne sert à rien de se mettre en colère. »

Et il est vrai qu’une colère qui déborde, qui n’est plus maîtrisée ou qui se retourne contre soi ou contre les autres peut devenir destructrice.

Mais ressentir de la colère n’est pas en soi quelque chose de mauvais.

Et si la colère avait quelque chose à nous dire ?

La colère est souvent une émotion qui apparaît lorsque quelque chose heurte profondément nos valeurs, nos besoins ou nos limites.

Elle peut nous dire :

« Cela ne me convient plus. »
« Quelque chose est injuste. »
« Une limite a été franchie. »
« Je ne veux plus continuer comme ça. »
« J’ai besoin que quelque chose change. »
« J’ai besoin d’agir pour faire changer les choses. »

Dans ce sens, la colère peut être une formidable messagère, mais aussi un véritable moteur. Elle attire notre attention sur quelque chose qui compte pour nous. Alors peut-être que la première chose à faire n’est pas de chercher immédiatement à la faire disparaître.

Peut-être pouvons-nous commencer par l’écouter.

Qu’est-ce qui me met réellement en colère ?
Qu’est-ce que cela vient toucher chez moi ?
Quelle valeur importante pour moi se trouve derrière cette colère ?
De quoi ai-je besoin aujourd’hui ?

Car parfois, derrière une colère apparente se cachent de la tristesse, de la peur, de l’impuissance, de la fatigue ou le sentiment de ne pas être entendu. Et parfois, derrière cette même colère se trouve aussi quelque chose de très précieux : notre capacité à dire non. Dire non à ce qui ne nous convient plus, à ce qui dépasse nos limites, à ce qui va à l’encontre de nos valeurs. Et ce « non » peut parfois être le début d’un changement.

La colère n’est pas forcément un feu qu’il faut éteindre

un dragon qui crache sa colère

J’aime imaginer la colère comme un dragon qui crache du feu 🤭

Un feu laissé sans surveillance peut brûler, ravager et faire beaucoup de dégâts. Mais un feu que l’on contient et que l’on utilise avec conscience peut aussi réchauffer, éclairer et permettre d’avancer.

La colère peut être exactement cela : une énergie.

Une force qui nous pousse à nous mettre en mouvement. Et je le constate dans ma propre vie.

Ma colère face à la souffrance animale, face à l’injustice faite aux animaux et à tout ce qui peut leur être infligé est une colère bien réelle.

Je pourrais la laisser me ronger, me décourager ou m’enfermer dans l’impuissance uniquement. Mais j’ai choisi d’en faire quelque chose. Cette colère nourrit mon engagement pour le bien-être animal.

Elle me pousse à agir, à sensibiliser, à soutenir, à prendre la parole, à essayer de faire ma part.

Est-ce que cela change tout ? Non. Est-ce que cela suffit à régler toutes les injustices ? Évidemment que non.

Mais cela me permet de ne pas rester uniquement spectatrice de ce qui me révolte et me laisser grignoter sans agir. En tout cas, c’est ma manière à moi de réagir, mais c’est très personnel.

La question n’est donc pas seulement :

« Comment faire pour ne plus être en colère ? »

Mais plutôt :

« Que vais-je faire de cette énergie ? »

Parce qu’il existe une grande différence entre agir sous le coup de la colère et utiliser la colère comme point de départ pour une action choisie.

Je peux hurler sur quelqu’un parce que je suis en colère, ou je peux utiliser cette colère pour poser enfin une limite ou changer mon projet de vie.

Je peux passer des heures à ruminer ce qui ne va pas, ou je peux décider de consacrer une heure à quelque chose qui me tient à cœur ou à comprendre ce qui me traverse et essayer d’avancer.

Je peux me sentir impuissant face à une situation qui me révolte, ou je peux chercher, à mon échelle, ce que je peux réellement faire.

Transformer plutôt que subir

Aujourd’hui, plus que jamais peut-être, les initiatives sont les bienvenues pour rendre ce monde un peu plus viable, plus juste et plus respectueux du vivant. Et cela ne signifie pas forcément partir en croisade avec une cape sur le dos pour sauver la planète dans les deux jours ! 😉 Cela peut commencer beaucoup plus simplement, à travers des actions personnelles, si petites soient-elles, qui nous tiennent à cœur et qui nous permettent de devenir acteurs plutôt que spectateurs.

Car il est facile de se dire :

« À quoi bon ? »
« Ça ne changera rien. »
« On n’empêche pas les grandes rivières de couler. »
« Que veux-tu… c’est comme ça ! »

Et pourtant…

Il suffit parfois d’une poignée de personnes pour faire bouger les lignes.

Une initiative en entraîne une autre. Une personne en inspire une deuxième. Une action, même minuscule, peut en déclencher une autre.

Nous ne maîtrisons pas tout ce qui se passe dans le monde. Mais nous pouvons choisir ce que nous, à notre échelle, décidons d’en faire. Il n’est pas nécessaire de changer le monde entier pour commencer à participer à son changement. Et peut-être que c’est justement là que notre colère peut devenir précieuse. Lorsqu’elle cesse de tourner en boucle dans notre tête et qu’elle devient une impulsion.

Lorsqu’elle cesse de nous ronger et qu’elle nous aide à avancer dans notre vie. Lorsqu’elle ne nous enferme plus dans l’impuissance, mais nous permet de retrouver notre pouvoir d’agir.

Mais avant d’agir… respirer.

Et puis parfois, nous n’avons pas besoin d’agir tout de suite. Parce qu’une personne épuisée par sa colère n’a pas forcément besoin d’une nouvelle mission à accomplir. Elle a peut-être simplement besoin de déposer ce qu’elle ressent ; de souffler ; d’être entendue ; de comprendre ce qui se joue en elle. De retrouver un peu d’espace.

Ressentir, écouter, puis choisir.

C’est peut-être cela, finalement, le chemin.

Ne pas nier notre colère.
Ne pas la laisser nous gouverner.
Ne pas non plus nous obliger à la transformer immédiatement en action.

Mais apprendre à l’accueillir suffisamment pour pouvoir ensuite choisir ce que nous voulons en faire. Parce qu’au fond, notre colère nous parle souvent de ce qui compte profondément pour nous. Et cela, je trouve que c’est plutôt une bonne nouvelle.

Et vous, que faites-vous de votre colère ?

La prochaine fois que vous sentirez monter ce fameux dragon rouge…

Peut-être pourriez-vous simplement lui demander : « Qu’est-ce que tu viens me dire ? »

Et ensuite, tranquillement : « Qu’est-ce que je choisis d’en faire ? »

Peut-être que cette colère vous montrera qu’une limite a besoin d’être posée. Peut-être qu’elle vous indiquera qu’un changement est devenu nécessaire. Qu’elle vous donnera l’élan pour défendre une cause, construire un projet qui vous tient à cœur ou qu’elle vous invitera simplement, pour le moment, à vous arrêter, à souffler et à prendre soin de vous.

Il n’y a pas une seule bonne manière de faire.

L’important est de ne plus forcément subir ce que cette colère vient réveiller en nous.

Et lorsque nous avons du mal à comprendre ce qui se joue derrière nos émotions, il peut parfois être précieux de se faire accompagner pour retrouver cet espace intérieur nécessaire pour écouter, comprendre et choisir.

Parce que parfois, la colère n’est pas un feu qu’il faut éteindre.

C’est un feu qui peut éclairer le chemin.

Retour en haut